L'altise du colza : tout savoir sur cet insecte ravageur

L'altise du colza (psylliode chrysocephala), ou grosse altise, est une espèce d'insecte coléoptère ravageur du colza. Il est redouté dès les premières phases du développement de la culture, les attaques pouvant débuter lors de la levée. Elles se poursuivent ensuite plusieurs mois avec la présence de larves dans les plantes, compromettant leur croissance et leur capacité à résister aux conditions hivernales.

Les dégâts provoqués par les altises peuvent être très importants. Bien connaître ce nuisible est donc essentiel pour mettre en place les mesures de prévention les plus adaptées aux parcelles infestées.

Surveillance, pratiques culturales, traitements insecticides et choix variétal sont quelques-unes des pistes que nous vous proposons d'explorer plus en détail dans cet article.

Altise adulte attaquant une feuille de colza

Description de l'altise du colza

Genre et famille

L'altise du colza, aussi appelée grosse altise, est un insecte coléoptère appartenant à la famille des Chrysomélidés.

Son nom scientifique est Psylliodes chrysocephala. On la retrouve dans l'ensemble des bassins de production du colza en France et dans de nombreux pays européens.

Taille et apparence

Larve

La larve de l'altise mesure généralement entre 6 et 8 mm.

Elle présente :

  • un corps allongé
  • une coloration blanchâtre, tendance jaune pâle
  • une tête brun foncé
  • trois paires de pattes visibles.
Les larves se développent principalement à l'intérieur des pétioles puis dans les tiges du colza.

Altise adulte

L'altise adulte mesure entre 3 et 5 mm.

Elle se caractérise par :

  • une couleur bleu-noir métallique
  • des reflets brillants
  • de puissantes pattes arrière adaptées au saut.
Cette capacité à sauter lui permet de se déplacer rapidement entre les parcelles.

Cycle biologique

Le cycle de l'altise s'étend sur une grande partie de l'année.

Les adultes apparaissent généralement à la fin de l'été et migrent vers les nouvelles parcelles de colza après les semis, qui ont généralement lieu en août.

Les principales étapes du cycle sont :

  1. Arrivée des adultes à l'automne
  2. Alimentation sur les jeunes plantes
  3. Ponte au pied des colzas
  4. Développement des larves durant l'automne et l'hiver
  5. Transformation en nymphe au printemps
  6. Émergence de nouveaux adultes au début de l'été.

Ce cycle biologique quasi annuel explique pourquoi les dégâts causés par l'altise peuvent s'étaler sur plusieurs mois.

Conditions favorables au développement de l'altise

Les altises apprécient particulièrement :

  • les automnes doux
  • les levées lentes des colzas
  • les situations de stress hydrique
  • les jeunes colzas, encore peu développés.

À noter qu'une croissance rapide permet au colza de mieux supporter les attaques des altises.

Les principaux foyers d'altises

L'altise est présente dans toutes les régions françaises productrices de colza.

Toutefois, le risque n'est pas le même partout. La pression du ravageur peut être plus importante dans les régions suivantes :

  • les Hauts-de-France
  • le Grand Est
  • la Bourgogne
  • le Centre-Val de Loire
  • certaines zones de l'Ouest.

L'intensité des attaques de l'altise peut fortement varier selon les années et les conditions climatiques.

Les dégâts de l'altise sur le colza

Les altises peuvent provoquer des dégâts au cours de deux phases de leur cycle biologique : au stade larvaire et à l'âge adulte.

Les dégâts causés par les altises adultes

Les altises adultes s'alimentent des feuilles des jeunes colzas, leurs morsures provoquant de multiples perforations. Ce phénomène est appelé "criblage".

Lorsque les attaques sont importantes, les conséquences pour les plantes sont les suivantes :

  • une réduction de la surface foliaire
  • un ralentissement de la croissance
  • une mauvaise implantation
  • une disparition complète des plantules.

Les jeunes colzas au stade cotylédon sont les plus vulnérables à ces attaques.

Les dégâts causés par les larves

Les larves des altises représentent aujourd'hui la menace la plus importante pour les colzas.

Après l'éclosion, elles pénètrent dans les pétioles puis migrent progressivement vers le cœur de la plante.

Leurs attaques provoquent :

  • des galeries dans les tissus
  • une perturbation de la circulation de la sève
  • une fragilisation générale des plantes.

Ces dégâts sont particulièrement visibles au printemps, au début de la floraison du colza.

Affaiblissement du colza

Les plantes contaminées présentent souvent les caractéristiques suivantes :

  • une croissance ralentie
  • une biomasse réduite
  • une sensibilité plus grande aux maladies
  • une résistance moins bonne au froid.

Autant d'avaries susceptibles d'empêcher le colza d'exprimer tout son potentiel.

Destruction des cultures

Dans les épisodes les plus critiques, certaines parcelles peuvent être fortement compromises.

Des attaques précoces combinées à des conditions climatiques favorables à l'altise peuvent même entraîner un retournement de la culture.

Même si ces situations demeurent rares, elles illustrent bien le potentiel de nuisance de ce ravageur.

Pertes de rendement

L'impact économique des altises peut être important.

Les pertes de rendement sont généralement estimées entre :

  • 3 et 5 quintaux par hectare en moyenne
  • jusqu'à 10 quintaux par hectare lors d'attaques sévères.

Le degré de pertes dépend de plusieurs facteurs :

  • du niveau d'infestation
  • de la vigueur du colza au moment de l'attaque
  • des conditions climatiques
  • des mesures de protection mises en place.

Quelles solutions contre les altises du colza ?

Aujourd'hui, il n'existe pas de solution unique pour lutter efficacement contre l'altise.

La protection des cultures de colza passe par la combinaison de méthodes complémentaires que voici.

Surveillance des parcelles

Avant de régler un problème, encore faut-il le détecter.

Une surveillance rigoureuse des parcelles est le premier réflexe à avoir. Elle permet d'identifier les premiers signaux d'alerte, de suivre l'évolution des populations d'altises si leur présence est détectée et de bien positionner les interventions lorsque nécessaire.

Cette observation régulière des parcelles doit être effectuée dès la levée des colzas.

Méthode Berlèse

La méthode Berlèse est aujourd'hui très utilisée pour évaluer la présence de larves dans les colzas.

Cette technique consiste à laisser sécher les plantes sur un grillage placé au-dessus d'une cuvette d'eau avec quelques gouttes de produit vaisselle.

La cuvette doit être placée dans une pièce bien chauffée. Sous l'effet de la chaleur, les larves quittent les tissus végétaux et tombent dans l'eau. Il ne reste alors plus qu'à les compter, au bout de 15 jours minimum pour laisser le temps à toutes les larves de sortir.

La méthode Berlèse en vidéo

Cette méthode permet d'estimer avec précision le niveau d'infestation larvaire.

Les résultats obtenus facilitent ainsi la prise de décision quant à la pertinence d'une intervention et les meilleures méthodes de lutte le cas échéant.

Il est généralement recommandé d'agir à partir de 5 larves par pied dénombrées.

Le biocontrôle

Le biocontrôle, qui s'appuie sur des mécanismes naturels pour lutter contre les nuisibles, trouve de plus en plus d'écho dans le monde agricole.

Certaines pratiques favorisent les auxiliaires naturels capables de limiter les populations d'altises.

Terres Inovia a testé plusieurs solutions comme l'utilisation de substances naturelles (acides gras, souffre), ou encore de champignons entomopathogènes. Les résultats ont montré une nette baisse de la surface foliaire détruite dans les parcelles infestées et une efficacité semblable aux insecticides.

À noter que ces solutions contre l'altise en sont aujourd'hui au stade expérimental et ne sont pas encore autorisées.

Ainsi, en l'état actuel des choses, le biocontrôle ne peut suffire à lui seul pour réduire la pression exercée par le nuisible sur le colza. Même si à l'avenir, il peut être vu comme une alternative crédible aux solutions chimiques.

Les traitements insecticides

Les traitements insecticides sont parfois nécessaires lorsqu'un seuil d'intervention est atteint (3 à 8 pieds sur 10 présentant des morsures selon Terres Inovia).

Leur efficacité dépend de plusieurs facteurs :

  • du bon positionnement de l’application
  • du stade de la culture (en général à partir du stade 6 feuilles)
  • du niveau de pression observé (en général à partir de 5 larves par pied).

Les interventions doivent être raisonnées afin de préserver leur efficacité dans le temps.

Pratiques agronomiques

Date de semis

Un semis précoce, réalisé début août par exemple, favorise une croissance rapide des colzas.

Cela permet à la plante d'être suffisamment développée et vigoureuse pour supporter les premières attaques des altises à l'automne.

Densité de semis

La densité de semis joue aussi un rôle important.

Un peuplement trop dense favorise la concurrence entre les plantes, ce qui peut ralentir leur croissance et nuire à leur développement.

La densité idéale est comprise entre 20 et 30 plantes par mètre carré pour avoir des colzas vigoureux dès l'automne.

Gestion des résidus

Les résidus doivent être répartis de façon homogène afin d'éviter leur accumulation.

En effet, un mulch trop épais peut gêner la levée des plantes.

Là encore, l'objectif est de favoriser une croissance rapide des colzas en prévision de l'automne, période propice aux attaques des altises.

La sélection variétale

Privilégier les variétés de colza les plus robustes constitue aujourd'hui le levier le plus efficace pour lutter contre les insectes ravageurs et réduire l'ampleur de leurs attaques.

Chez MOMONT, notre travail consiste à évaluer chaque année le comportement de colzas placés dans des situations de forte pression de l'altise.

Nous recommandons de privilégier les variétés présentant une bonne vigueur de départ, capables de développer rapidement leur biomasse et manifestant un bon comportement face aux larves.

Les indicateurs de performance généralement retenus sont les suivants :

  • Une note supérieure à 7 pour la vigueur
  • Une note supérieure à 6 pour la tolérance aux larves

Ci-dessous, le classement de l'institut Terres Inovia des variétés de colza à bon comportement face aux larves d'altises.

Classement des variétés de colza tolérantes aux altises

Identité Comportement altises (larves) Vigueur
Variété
Représentant
Présence dans plante
Symptômes plantes buissonnantes
Vigueur de départ
Vigueur automnale
HELLEKIS
KWS MOMONT
8,5
4,5
7
7
HELIOTT
KWS MOMONT
8,5
4,5
6
6
FELICIANO KWS
KWS MAÏS FRANCE
8,5
8,5
6
6
LG AVIRON
LG SEMENCES
8
6
8
8
LG AUSTIN
LG SEMENCES
8
5,5
7,5
7,5
BRV712
BREVANT
8
3
7
6
ATTICA
SOUFFLET SEEDS
8
3,5
8,5
8,5
HEMOTION
KWS MOMONT
7,5
6,5
6
7
KWS MIRANOS
KWS MAÏS FRANCE
7,5
7,5
5
6
RGT OZZONE
RAGT SEMENCES
7,5
6,5
7,5
8
HOSTINE
KWS MOMONT
7
6
6,5
6,5
ADDITION
SOUFFLET SEEDS
7
7
7
7
LG ADELINE
LG SEMENCES
7
4
7,5
8
9 = meilleures variétés ; 1 = moins bonnes variétés (Source : Terres Inovia (2026))

D'après ce classement, les variétés HELLEKIS et HELIOTT figurent parmi les plus tolérantes aux larves des altises. Elles sont issues de la sélection variétale MOMONT, orientée vers le développement de colzas robustes, peu sensibles aux maladies et aux ravageurs. Testées dans des parcelles infestées, elles sont spécialement conçues pour répondre aux contraintes agronomiques des producteurs et sécuriser durablement les rendements.