Ravageurs de la betterave fourragère

La betterave fourragère, notamment dans ses premiers stades de la culture, est sensible à de nombreux ravageurs du sol ou du feuillage. Ces attaques précoces peuvent compromettre la levée, la vigueur de départ ou même entraîner des pertes de pieds, impactant directement le peuplement et donc le rendement final.

La lutte contre ces insectes passe avant tout par une prévention agronomique efficace : bon choix de parcelle, qualité d’implantation, vigilance post-semis. Un suivi régulier est ensuite essentiel pour intervenir en cas de pression importante.

Ravageurs du sol : discrets mais redoutables

Limaces

Dix espèces de limaces sont présentes en France, mais deux d'entre-elles sont réellement préjudiciables pour les cultures : la limace grise ou loche, Deroceras reticulatum, et la limace noire ou horticole, Arion hortensis.

Vigilance

Seuil critique : 1 limace/m².

Piégeage à base de planchette + relevé au petit matin = bon indicateur de risque.

Attaques souterraines et aériennes

La limace grise se nourrit essentiellement de végétaux en surface, en consommant les feuilles entre les nervures, voire les tiges, mais elle peut également occasionner des dégâts souterrains. La limace noire, en revanche, a une activité principalement souterraine et s’attaque donc aux parties non visibles des cultures, notamment les semences et germes.

La limace grise se nourrit à partir de 0,8 °C et la limace noire à partir de 5 °C. Le pic d’alimentation se situe pour les deux espèces autour de 15-20 °C. Les limaces se déplacent principalement la nuit, de préférence dans les sols creux et dans les couches superficielles.

limaces

Vers gris (Agrotis)

Les jeunes larves consomment feuilles et tiges puis se développent au détriment des racines, collets et tubercules.

Elles s’alimentent pendant la nuit et restent enterrées à proximité de la surface pendant la journée.

Symptômes et dégâts

Les dégâts sont dus à la consommation des jeunes plants par les chenilles, qui rongent et sectionnent les plantules de colza au collet à l'automne. Ils sont d’autant plus importants que la culture est jeune et la population de chenilles élevée. Les plants flétrissent et jaunissent lorsque la tige a été atteinte et finissent par mourir.

Nuisibilité

Dépend des niveaux de population et du stade de la culture.

Vers gris (Agrotis)

Pégomyie

La pégomyie, pegomyia betae, est une mouche dont les larves creusent des galeries dans les feuilles de betteraves. Ce ravageur aérien, qui ressemble à la mouche domestique, peut provoquer la disparition des plantules.

Description

La pégomyie adulte mesure de 6 à 7 mm et ressemble à la mouche domestique : son corps est gris brunâtre à rougeâtre avec de nombreuses soies, ses ailes membraneuses et transparentes. Ses larves sont des asticots qui mesurent de 7-8 mm de long en fin de développement. Elles sont de couleur blanc jaunâtre, sans pattes.

Les oeufs, quant à eux, se trouvent sous les feuilles des betteraves : blancs vifs, de forme allongée, ils y sont disposés parallèlement par groupes de 3 à 10.

Vigilance

Les larves sont les plus nuisibles : elles pénètrent dans les feuilles, entre les deux épidermes, et dévorent une partie du tissu responsable de la photosynthèse. Elles creusent alors des galeries : des sinuosités blanchâtres sont observables.

Ces galeries provoquent un dessèchement des feuilles qui brunissent, se percent et perdent de leur capacité de photosynthèse.

Pégomyie adulte

Coléoptères du sol (taupins, forficules, mille-pattes)

Ces ravageurs creusent des galeries dans les racines naissantes ou rongent les semences. Les attaques sont insidieuses et souvent sous-estimées.

Éviter les parcelles anciennement en prairie ou avec forte matière organique non décomposée.

Coléoptères du sol (taupins, forficules, mille-pattes)

Ravageurs aériens : dès la levée et jusqu’au stade 8 feuilles

Puceron vert

Présent dès les premières feuilles, il suce la sève et affaiblit la plante. Surtout, il est vecteur de la jaunisse virale, pouvant impacter lourdement la culture.

Identification

Les adultes mesurent entre 1,2 et 2,5 mm. Les aptères sont vert clair à vert jaunâtre avec, au sein de la colonie, des individus rosés qui sont les futurs ailés (nymphes). Les ailés sont vert clair avec une plaque sombre sur l'abdomen échancrée latéralement et perforée.

Nuisibilité

Selon différentes études conduites en laboratoire, Myzus persicae est le vecteur le plus efficace des trois virus de la jaunisse avec des taux de transmission compris entre 28 et 100 % pour les polérovirus (BMYV et BChV) et entre 51 et 73 % pour le BYV. Il est également capable de transmettre le BtMV mais les taux de transmission au champ ne sont pas connus.

puceron vert

Puceron noir

Identification

Les adultes mesurent entre 1,5 et 2,6 mm. Les aptères sont trapus, de couleur noir mat à verdâtre avec au sein des colonies, des individus ayant des bandes cireuses blanches sur l’abdomen (nymphes). Les ailés sont de couleur sombre avec de courtes antennes.(

Nuisibilité

Les colonies de puceron noir peuvent occasionner des dégâts directs en s’alimentant sur les feuilles de betterave (perte de vigueur des plantes). Ces pucerons produisent également du miellat à l’origine du développement de la fumagine, c’est-à-dire de moisissures noires sur la face inférieure des feuilles. L’impact sur le rendement in fine est en cours d’évaluation à l’ITB.

Tipule

Plus connues sous le nom familier de « cousins », les tipules adultes ressemblent à d'énormes moustiques. Leurs larves qui rongent les racines et la base des tiges de betteraves font flétrir les jeunes plantes.

Description

Souvent appelées « cousins », les tipules adultes ressemblent à d'énormes moustiques gris de 15 à 25 mm, avec de longues pattes cassantes, un corps étroit et allongé, une tête prolongée par un museau et des ailes grisâtres.

Nuisibilité : une larve rongeuse

L’adulte n’est pas nuisible. C’est la larve qui, en rongeant les racines, la base des tiges et les feuilles des jeunes plantes de betteraves, les font flétrir. Les dégâts sur plantes plus âgées sont peu significatifs. A noter que les larves se nourrissent la nuit, lorsque l’humidité de l’air est élevée et les températures supérieures à 5 °C à la surface.

Un sol léger présentant beaucoup d’humus ainsi que des conditions froides et humides sont favorables à une attaque qui peut être grave mais la plupart du temps seulement locale dans une parcelle.

Charançon

Le charançon de la betterave, Lixus juncii est un coléoptère polyphage. Les larves de ce ravageur posent des problèmes dans les cultures de betteraves, blettes et épinard.

Identification

L’adulte mesure entre 9 et 15mm et présente un corps allongé. La couleur du corps varie entre l’orange et le brun foncé mais toujours avec une bande blanche nette et continue sur les flancs, qui part de la tête jusqu’à l’extrémité des élytres.

Dégâts

Pour pondre leurs œufs, les femelles charançons creusent un trou dans le pétiole de la plante et déposent un œuf unique dans la cavité avant de le reboucher. Les trous de ponte du charançon sont de taille et de forme variables, s’accompagnant le plus souvent d’une boursouflure.

Mais les vrais dommages sont causés par les larves lorsqu’elles creusent des galeries qui descendent du pétiole jusqu’à la racine. Dans certains cas, les galeries dans le pétiole sont visibles en surface. Cependant, toutes les larves ne migrent pas dans la racine, certaines terminent leur cycle dans le pétiole.

Altise

Ce petit coléoptère noir sauteur provoque des morsures visibles sur les feuilles (aspect criblé). Les jeunes betteraves peuvent être ralenties dans leur croissance, surtout en cas de levée lente.

Risque accru en conditions sèches et chaudes.

Une levée rapide et vigoureuse est le meilleur moyen de défense.

altises

Impacts sur la culture

Les ravageurs du sol ou du jeune feuillage peuvent compromettre tout le potentiel de la culture de betterave fourragère dès les premières semaines :
  • Manques sur le rang = perte de pieds définitive,
  • Hétérogénéité de développement → racines de tailles inégales,
  • Croissance freinée → moins de couverture du sol → plus de mauvaises herbes,
  • Diminution du rendement final et de la qualité du fourrage (poids, régularité, conservation).

Prévenir plutôt que guérir : les clés d’un bon contrôle

Une lutte efficace contre les ravageurs de la betterave fourragère repose avant tout sur une démarche préventive combinée à un suivi rigoureux.

Assurer des conditions d’implantation optimales :

  • Sol ressuyé et bien préparé,
  • Température de sol > 8 °C pour accélérer la levée,
  • Semis à la bonne profondeur (1,5–2,5 cm),
  • Traitement de semences de qualité (avec protection fongicide + insecticide).

Surveiller régulièrement les parcelles :

  • Dès le semis : mise en place de pièges à limaces et suivi des conditions météo.
  • De la levée au stade 6 feuilles : observation visuelle 2 fois par semaine.

Agir si nécessaire, avec des solutions adaptées à chaque contexte, en respectant les conditions d’usage et les périodes sensibles des auxiliaires.